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En Belgique, l'ingénierie de pointe et la fabrication hybride de nouvelle génération deviennent réalité

19-03-2026

Auteur: Karl D’haveloose

 

 

 

 

Lorsqu'il s'agit de présenter leurs innovations technologiques, les Belges ne le font peut-être pas avec la même assurance que leurs voisins du nord, mais ils ne se débrouillent tout de même pas trop mal, même s'ils restent généralement beaucoup plus discrets. À ce propos, j'étais justement à la recherche d'une entreprise belge talentueuse qui pourrait confirmer la thèse que nous souhaitions mettre en avant lors du salon Machineering Nextgen Experience, qui se tiendra les 26 et 27 mars prochains à Kortrijk Xpo. Car oui, les PME belges vont clairement plus loin qu'on ne le pense dans le domaine de l'ingénierie avancée (ou de la rétro-ingénierie) et des méthodes de fabrication hybrides. Raison de plus pour mon interlocuteur d'être impatient de participer à notre événement dédié aux technologies de fabrication MNE 2026 (auquel vous pouvez vous inscrire en cliquant ici).

 

 

Mais revenons-en à l'essentiel. Me voilà attablé en compagnie de Philippe Ampe, general manager chez Desmedt, un jeune talent qui ne porte cette fois-ci pas son beau costume, mais bien sa simple tenue de travail de tous les jours. Desmedt collabore étroitement avec différentes entreprises, principalement dans le cadre des équipements rotatifs. La société Desmedt, qui assure la révision électrique des machines rotatives (moteurs électriques, pompes, réducteurs, ventilateurs, etc.), dispose également de son propre atelier de tournage CNC intégré, grâce à LEDA BV.

 

Dans l'accord de partenariat, on retrouve également Vibrometrix (recherche industrielle préventive et prédictive en tant que service), Bewoco (automatisation) et Remotive (maintenance mécanique). La plateforme technologique VAARR est quant à elle née de la synergie entre Desmedt et Remotive. Les activités de l'entreprise nécessitaient un grand nombre de pièces de rechange qui n'étaient plus disponibles ou qui étaient difficiles à reproduire pour les moteurs, pompes, ventilateurs et réducteurs en fin de vie. Les clients sont nombreux à devoir relever le défi de trouver ces pièces de rechange indisponibles – surtout en métal – qu'ils préfèrent ne pas devoir jeter et qu'ils aimeraient au moins pouvoir réimprimer ou, de préférence, restaurer, de manière à pouvoir les réutiliser de manière durable.

 

Ampe apporte d'emblée quelques précisions : "Imaginez un vieux moteur qui, neuf, coûterait peut-être 10.000 euros, mais auquel il manque en réalité juste une petite pièce pour le remettre en état de marche. Or, cette pièce n'est plus disponible, alors qu'elle est indispensable pour que le moteur puisse redémarrer. Comme il s'agit de séries uniques, on pense tout de suite à l'impression 3D. On se tourne alors vers le revêtement par poudre comme technique d'impression, mais cela signifie qu'il faut repartir de zéro. En d'autres termes, ce choix vous amène à jeter la pièce d'origine. Dans une optique de révision, on préfère ne pas avoir à jeter un produit, comme une roue de pompe ou un arbre ; on souhaite plutôt le restaurer, voire le mettre à niveau. On en arrive ainsi à une technique où, grâce au DED (Dépôt sous Énergie Dirigée), on peut remettre en état un ancien produit en imprimant des couches et en procédant ensuite à un usinage CNC."

 

Grâce à la plateforme VAARR, on aboutit ainsi à une DMG Mori Lasertec 125 DED Hybrid, qui permet de numériser, d'imprimer et de retoucher des pièces en 3D sur une seule et même machine. Une pièce défectueuse est placée dans la machine à 5 axes et numérisée avec un niveau de précision pouvant atteindre 5 microns, ce qui permet de générer un nuage de points très détaillé. À partir de ce fichier, on demande ensuite aux clients s'ils souhaitent réaliser une copie parfaite ou s'ils préfèrent mettre à niveau le produit en personnalisant les matériaux, la conception ou d'autres éléments.

 

Cette dernière option n'est pas des plus simples, mais elle est tout à fait envisageable. Lorsque l'on fait appel à la rétro-ingénierie, l'équipe commence par rechercher les matériaux et alliages qui pourraient convenir. Elle réalise ensuite des simulations qui permettent de déterminer s'il est possible de réaliser une simple copie à partir du matériau d'origine. Concrètement, une roue de pompe peut être placée dans la machine, numérisée et modélisée en 3D avec les fichiers réutilisables nécessaires. Elle est ensuite imprimée et finie selon les critères définis par le client.

 

VAARR, qui existe depuis un peu plus d'un an, est gérée selon un modèle 'lean & mean', à la manière d'une jeune pousse, et explore toutes les opportunités commerciales que ses clients lui présentent. Les scénarios d'utilisation sont innombrables, mais les opportunités commerciales doivent convenir à la fois à l'entreprise et au client. Dans un rayon de 500 km (à l'exception du centre de recherche Fraunhofer), il n'existe aucune machine de ce type dans le domaine de la maintenance.

 

Résoudre le casse-tête technique de manière innovante

 

"Pour être unique sur le marché, il faut aussi, en tant que pionnier, être prêt à supporter tout le poids de l'innovation, car il n'y a pas d'autres acteurs du secteur auxquels se comparer. Il faut donc apprendre énormément de choses, multiplier les essais et les erreurs, et il n'est pas donné à tout le monde d'oser se lancer dans cette aventure", indique Ampe en souriant.

 

 

Pour illustrer son propos, Ampe prend l'exemple du coût de remplacement des lames de broyeur, qui s'élève à environ 600 euros pièce. En supposant qu'une machine en compte 30, cela représente tout de même une dépense considérable. De plus, cela implique d'arrêter la machine pendant longtemps, de tout démonter (temps d'arrêt coûteux), de commander les pièces, de tout remonter, etc. En général, les lames de broyeur sont entièrement trempées lors de leur fabrication, ce qui les rend fragiles. Une solution possible consiste à profiter de l'occasion pour également mettre à niveau ces lames, en utilisant un alliage plus tendre pour leur cœur et en imprimant une couche dure par-dessus (impression d'une couche de Stellite 12 pouvant atteindre 65 HRC, p. ex. pour le broyage de céréales). Dans un tel cas, il faut clairement déterminer si l'on souhaite remplacer les lames, simplement les restaurer ou leur apporter une mise à niveau technologique. La technologie du DED offre la possibilité de réaliser toutes ces opérations dans une seule machine et avec plusieurs matériaux, ce qui, pour d'autres procédés de simple pulvérisation et de finition nécessite toujours l'utilisation de plusieurs machines.

 

Une autre branche d'activité de VAARR (comme dans le cas des modernisations) est le recours à la technologie de numérisation, qui permet de numériser des objets de petite taille (petites pièces) mais aussi de très grande taille (bâtiments et grandes installations), si nécessaire à l'aide de drones, dans le but de recréer numériquement des plans qui n'existent plus.

 

 

l'aide de drones, dans le but de recréer numériquement des plans qui n'existent plus. À l'origine, ce modèle économique a été développé pour répondre aux besoins de tous les autres départements de Desmedt qui souhaitaient résoudre des casse-têtes complexes de manière durable et tournée vers l'avenir. La réparation d'une turbine à gaz dont le joint labyrinthe en bronze s'était détérioré a p. ex. constitué un véritable tour de force. Cette pièce nécessite normalement un délai d'attente et de montage de 23 semaines.
"Grâce à notre méthode, le temps d'arrêt a été réduit à seulement 3 semaines. La réparation, mais aussi la modernisation des roues de pompe et des coudes de décharge à l'aide de matériaux aux propriétés améliorées, tels que le Stellite, constituent un marché qui n'en est encore qu'à ses débuts."

 

L'équipe de VAARR en elle-même ne compte que 4 personnes, qui sont soit opérateurs, soit ingénieurs, soit dessinateurs techniques. Cela signifie qu'il y a beaucoup de travail, de recherche et de tests, et donc peu de temps pour faire de la prospection sur le marché pour tous ces projets potentiels. Les clients nous parviennent via le réseau des autres clients du groupe, qui s'adressent à VAARR pour venir à bout de toutes sortes de défis. Les possibilités sont extrêmement nombreuses, notamment dans les secteurs des engins de chantier, de l'exploitation minière et de l'offshore, qui ne connaissent pas encore les solutions globales proposées par VAARR. Ampe précise toutefois qu'il recherche de toute urgence un ingénieur commercial compétent, capable de promouvoir davantage le savoir-faire de VAARR.

 

Entrepôt numérique, matériaux en tant que service et pièces à la demande

VAARR réinvente ses possibilités à un rythme exponentiel. Grâce à ses services de numérisation et de rétro-ingénierie, des pièces uniques, pour lesquelles il n'existe aucun plan, mais aussi de nouveaux modèles améliorés, sont désormais disponibles sous forme de jumeaux numériques. Une technologie de numérisation allant de 0,02 mm à 200 mètres est disponible. Pour de nombreux clients qui préfèrent ne pas stocker des pièces uniques critiques qui doivent néanmoins être disponibles rapidement, VAARR veille de manière préventive à ce que ces pièces soient disponibles à temps.

 

Des investissements ont été consentis pour pouvoir charger tous les scans 2D et 3D dans Siemens NX (CAO/FAO), effectuer des sauvegardes et les convertir en fichiers CNC exploitables. Les matériaux sont également toujours disponibles en stock pour le client. En appuyant simplement sur un bouton, on peut p. ex. lancer l'ensemble du processus (configuration, nomenclature et instructions d'usinage) afin de garantir un délai de livraison le plus court possible.

 

Cet investissement global, mais aussi les stocks de matériel, constituent un exercice de gestion et une prestation de service qui doivent rester en équilibre afin que tout reste réalisable et abordable pour le client. L'avantage pour le client réside généralement dans une meilleure composition des matériaux, une plus grande durabilité, des temps d'arrêt réduits et la non-nécessité de stocker des pièces de rechange.

 

Alors que nous discutons de la question des stocks, Ampe lance une autre réflexion. "Lorsqu'un incident survient, de nombreux clients se rendent soudainement compte qu'ils ne savent plus où ils ont stocké la pièce de rechange dans leur usine. Ou alors, la pièce est obsolète sur le plan qualitatif (à cause de la corrosion et de l'oxydation, par exemple). Il peut aussi y avoir un vieux surplus de machines qui ne sont plus utilisées, et tout cet espace de stockage coûteux représente de l'argent immobilisé. Mieux vaut donc opter pour des pièces à la demande plutôt que de subir des désagréments inutiles ou de supporter les coûts liés à des stocks parfois perdus. Si vous observez ce qui se passe dans le secteur, vous vous rendrez compte que de nombreuses entreprises croulent sous le poids de leurs stocks statiques, dans lesquels de l'argent a été investi, et qui ne pourront plus jamais être utilisés. Il faut donc acquérir soi-même les connaissances nécessaires et développer sa propre expertise. Heureusement, il est possible de puiser dans les connaissances issues de la collaboration avec DMG, Fraunhofer et le DED Owners Group (Volkswagen, Red Bull Formula 1 et autres), où les membres partagent leurs connaissances."

 

VAARR continue de miser sur l'IA (reconnaissance de formes et de motifs) afin, par exemple, d'automatiser la numérisation de géométries complexes pour optimiser la rétro-ingénierie ainsi que les simulations virtuelles, les mesures et les comportements des nouvelles configurations de produits.

 

 

Les perspectives de VAARR à l'horizon 2030 : réutilisation, rapidité et efficacité accrue

Les ambitions de VAARR consistent principalement à redonner une nouvelle vie durable à tout composant critique, quel que soit le matériau dont il est fait. Et ce, en limitant au maximum le gaspillage de matériaux et, de préférence, en améliorant les performances du composant. De nombreuses recherches ont été menées sur la réutilisation de composants fabriqués en fonte. La fonte est difficile à réparer et pratiquement impossible à ressouder. L'acier inoxydable est facile à imprimer, contrairement à la fonte. Les corps de pompes et de moteurs électriques, par exemple, sont souvent fabriqués en fonte. Il est possible de les remplacer par d'autres matériaux, mais selon Ampe, cela revient à entrer dans un marché du jetable. La technologie d'impression hybride devrait ici permettre de changer la donne. VAARR souhaite développer le segment DED pour qu'il représente jusqu'à 70 % de son chiffre d'affaires futur. Numérisation, PMI et jumeaux numériques constituent les piliers indissociables de cette stratégie.

 

Ampe : un homme de terrain pragmatique et hyperactif

 

 

Ampe est un trentenaire dynamique dont le signe astrologique est le Lion. Il a acquis son savoir-faire technique sur le terrain et reconnaît volontiers qu'il n'est pas un ingénieur électromécanique de formation. Il a en effet très vite quitté les salles de classe où il avait tendance à s'ennuyer pour se consacrer pleinement au travail chez Motoren Desmedt. C'est son père, le fondateur de l'entreprise, qui lui a inculqué dès son plus jeune âge l'art de résoudre les problèmes techniques à l'aide de solutions pratiques. Et lorsqu'il a besoin de conseils supplémentaires sur le plan technologique, c'est vers l'ingénieur et cofondateur de l'entreprise Jan De Winter qu'il se tourne.

 

Lorsque des pièces doivent être révisées ou réparées, le client a généralement l'impression qu'un composant lui est rendu comme neuf, sans savoir ce qui s'est réellement passé dans les coulisses. Plutôt que de simplement réparer un composant, Ampe et De Winter ont toujours préféré tout fabriquer eux-mêmes, du prototype au produit fini, en obtenant un résultat encore meilleur que l'original.

 

Ampe n'a pas vraiment de hobby bien défini. Philippe s'est certes adonné à de nombreux passe-temps et sports dans le passé (son grenier regorge d'ailleurs d'anciens équipements de loisirs en tous genres), mais quand je résume sa vie actuelle en 'padel, bière, voyages et comportement légèrement hyperactif', il éclate de rire et ne peut être plus d'accord. La devise d'Ampe est 'Just go for it' ; en d'autres termes : y aller à fond et ne jamais lâcher. Cette conversation se poursuivra sans aucun doute lors du salon Machineering Nextgen Experience, où il pourra parler de machines autour d'une bonne pinte.

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