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La conception circulaire doit se faire avec sérieux et sans tarder : L'impact du passeport numérique des produits

21-05-2026

Auteur: Karl D’haveloose

 

 

 

 

Ceux qui, aujourd'hui encore, continuent de penser que la durabilité n'est qu'un simple phénomène de mode se retrouveront bientôt dans une impasse. J'invite donc tous les constructeurs de machines qui pensent que 2035 n'est qu'une lointaine perspective à prendre le temps de suivre mon raisonnement ci-dessous. Avec le temps qui passe, les choses changent ; c'est un fait inéluctable. Et ces changements obligent les entreprises à s'adapter en termes de ressources financières, humaines et matérielles. Selon les experts, le nouveau modèle dont il est question ici permettrait toutefois aussi de mettre en place un système de retour sur investissement auprès des clients et des fournisseurs.

 

 

Comme je l’ai dit, l’heure est venue de passer à la conception circulaire, et cela doit se faire avec sérieux et sans tarder. En effet, la transition vers une industrie de transformation circulaire passe par une transformation profonde des systèmes en place dans le secteur de la construction de machines. Là où, jusqu’à présent, on ne pensait à la réutilisation qu’au moment de la mise au rebut, la législation européenne à venir oblige désormais les ingénieurs à prendre en compte la circularité dès la phase de conception. Au cœur de cette transition, on trouve le passeport numérique des produits (en anglais : Digital Product Passport ou DPP). Qu'est-ce que cela implique ? Pourquoi est-il urgent d'agir dès maintenant ? Et comment pouvez-vous, chers lecteurs d'Industrial News, aborder cette question avec le plus grand sérieux dès aujourd'hui ?

 

Le passeport numérique des produits

 

 

Le DPP est un élément central du règlement européen ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation)', qui trouve son origine dans le Pacte vert pour l'Europe. Il s'agit en substance d'un ensemble de données numériques standardisé (accessible via un code QR, un code-barres ou une balise NFC) qui documente l'ensemble du cycle de vie d'un produit.

 

Il ne s'agit pas d'une simple brochure d'information. Ce passeport contient en effet des données détaillées et validées sur les matériaux utilisés, la composition, l'empreinte écologique, ainsi que des instructions de réparation et de démontage. Grâce à un système de droits d'accès à plusieurs niveaux, les secrets de fabrication sont protégés, tandis que les spécifications techniques et les schémas de démontage spécifiques sont accessibles aux techniciens de maintenance agréés et aux recycleurs professionnels.

 

À qui s'adresse-t-il ?

 

 

Le DPP concerne l'ensemble de votre chaîne d'approvisionnement et s'applique à pratiquement tous les produits physiques B2B et B2C mis sur le marché au sein de l'UE. Cela a un impact direct sur :

  • Les fabricants (à l'échelle mondiale) : Quiconque commercialise un produit au sein de l'UE est tenu de créer un DPP et de le remplir avec des données exactes.

  • Les fournisseurs (de niveau 1, 2, etc.) : Tous doivent fournir des justificatifs standardisés pour l'ensemble des composants et des matériaux (tels que des certificats pour l'acier ou les plastiques).

  • Importateurs et distributeurs : Ceux-ci doivent veiller à ce que les produits dépourvus d'un DPP valable ne soient tout simplement pas commercialisés.

  • Entreprises de maintenance et recycleurs : Ils utilisent les données dans le cadre de leur mission essentielle qui consiste à optimiser la durée de vie des équipements et à assurer leur traitement approprié en fin de vie.

L'urgence : le calendrier

 

 

La mise en œuvre du DPP se fait par étapes, mais dans le domaine de l'ingénierie, l'avenir, c'est demain. D'où l'urgence :

  • 2024 : Le règlement européen ESPR est officiellement entré en vigueur.

  • 2026/2027 (première vague) : Passeports obligatoires pour, entre autres, les batteries, les textiles, l'électronique grand public et les matières premières essentielles telles que le fer, l'acier et l'aluminium.

  • Vers 2030-2035 (construction de machines) : Les équipements B2B complexes et modulaires, tels que les machines de transformation, ne seront concernés que dans les phases ultérieures.

La réalité brutale : Bien que la législation concernant les machines dans leur ensemble ne soit pas encore entrée en vigueur, l'obligation relative aux composants sous-jacents (acier, aluminium, capteurs) entrera en vigueur d'ici quelques années. Les constructeurs de machines devront dès lors composer avec ces flux de données obligatoires à très court terme, par l'intermédiaire de leurs fournisseurs. Attendre jusqu'en 2035 n'est pas une option.

 

Le sérieux : agir de manière préventive dès maintenant

 

Les machines utilisées dans l'industrie de transformation ont souvent une durée de vie nominale de 30 à 40 ans. Les machines conçues aujourd'hui tourneront donc encore à plein régime lorsque le DPP sera devenu la norme absolue.

 

Les constructeurs de machines tournés vers l'avenir prennent cette question au sérieux et appliquent déjà les principes du passeport à titre préventif. Contraints par les certifications ATEX strictes ou les directives en matière de sécurité alimentaire, ils indiquent déjà au niveau des composants, dans une optique fonctionnelle, quels matériaux (tels que les plastiques certifiés) sont utilisés. Cette déclaration complète des matériaux (en anglais : Full Material Declaration ou FMD) établie dès la phase de conception constitue un excellent point de départ pour opérer la transition vers le futur DPP réglementaire.

 

Impact sur la maintenance et la fin de vie

 

Un passeport numérique des produits dynamique transforme les services de maintenance, jusqu'alors réactifs, en services proactifs. En enregistrant la durée d'utilisation de composants spécifiques, ce passeport constitue une véritable mine d'or pour la maintenance préventive et prédictive.

 

Maintenance et pièces de rechange : Sur la base de spécifications techniques rigoureuses relatives aux matériaux, les ingénieurs peuvent prédire avec précision quand les pièces d'usure et de rechange (comme p. ex. des joints) doivent être remplacées.

 

Fin de vie : À la fin du cycle de vie, un recycleur n'a pas besoin de jouer au 'détective' pour déterminer si une machine est fabriquée en inox 304 ou 316. Les métaux nobles peuvent être immédiatement séparés du flux global.

 

5 étapes pratiques pour la construction de machines

 

 

Comment intégrer ces impératifs urgents et sérieux dans le quotidien des ingénieurs ?

  1. La robustesse comme principe de base : La conception circulaire n'est pas un simple artifice ; elle repose avant tout sur une qualité sans compromis et une durée de vie prolongée. Une machine capable de fonctionner pendant des décennies sans nécessiter de révisions majeures est, par définition, le choix le plus durable.

  2. Imposez la collaboration tout au long de la chaîne d'approvisionnement : Le succès de la collecte de données dépend essentiellement des fournisseurs. Prenez-les au sérieux, mais soyez également intransigeant en exigeant dès maintenant des certificats pour absolument tous vos achats, même ceux qui concernent de simples boulons et écrous. Ce n'est que si l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement se mobilise que vous pourrez automatiser le processus administratif.

  3. Consignez par écrit les types d'acier et les alliages utilisés : Étant donné que les pièces soudées en acier sont relativement faciles à démonter et que l'on combine rarement des types d'acier incompatibles, le tri des matériaux peut être rationalisé sans trop de difficultés. Dans vos modèles 3D et votre PGI, indiquez dès maintenant et avec précision quel type d'acier est utilisé et à quel endroit il est utilisé.

  4. Optimisez la gestion des pièces de rechange : Conseillez activement vos clients sur la constitution d'un stock stratégique de pièces d'usure, basée sur les données relatives à leur durée de vie. Cela permet d'éviter les problèmes critiques et les arrêts imprévus.

  5. La révision plutôt que le recyclage : Lors de la conception, établissez une distinction claire entre les pièces d'usure (difficiles à intégrer dans une économie circulaire) et les composants de haute valeur (tels que les échangeurs). Concevez ces derniers de manière à ce qu'ils soient faciles à démonter et puissent être révisés en usine. Il s'agit là d'une véritable approche circulaire qui permet de réduire les déchets au minimum et d'ouvrir la voie à de nouveaux modèles économiques.

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