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Les robots humanoïdes dans l'industrie : la réalité opérationnelle reste compliquée pour le secteur

23-04-2026

Auteur: Karl D’haveloose

 

 

 

 

Dans mon précédent article qui avait été publié au mois de mars, j'avais évoqué le paradoxe de Moravec. Ce que je tenais à souligner dans cet article, c'est que malgré tous les progrès réalisés au niveau du matériel et des logiciels dans le domaine de la robotique, il reste difficile pour un robot à usage général de fonctionner dans un environnement physique réel, où une multitude de variables et une grande imprévisibilité sont la norme. Cela ne semble toutefois pas empêcher différents fabricants, notamment du côté de l'Asie, de continuer à surprendre le monde avec les toutes dernières prouesses techniques et, par-dessus tout, une production accélérée de robots humanoïdes qui devraient pouvoir être utilisés un peu partout.

 

 

Alors que les médias ne cessent de s'enthousiasmer devant l'agilité des robots humanoïdes sur TikTok, Autonomous Solutions, Inc. (ASI) obtient depuis des décennies des résultats concrets grâce à une autonomie 'invisible' dans l'industrie lourde. En cherchant à en savoir plus à ce sujet, nous sommes tombés sur une interview de Mel Torrie, le CEO de cette entreprise, qui fait le tri entre les faits et le battage médiatique et explique pourquoi le modèle économique des véhicules spécialisés est actuellement bien plus viable que celui des robots humanoïdes à usage général.

 

Autonomous Solutions, Inc. (ASI) n'est pas une entreprise qui fait la une des médias grand public. Pourtant, depuis plus de vingt ans, cette entreprise originaire de l'Utah fabrique et met en œuvre des systèmes de véhicules autonomes dans des secteurs où l'automatisation doit produire des résultats directement mesurables. Depuis sa création en 2000, ASI se concentre sur ce qu'elle appelle la 'real-world autonomy', qui implique la modernisation et la coordination d'équipements lourds dans les secteurs de l'agriculture, de la construction, de l'exploitation minière et de la logistique.

 

 

Au cœur de leur écosystème, on trouve la plateforme de gestion et de contrôle Mobius, qui permet aux opérateurs de gérer leur flotte à distance. À une époque où le terme 'IA physique' est sur toutes les lèvres, ASI s'impose comme un partenaire expérimenté qui a depuis longtemps surmonté les difficultés que cette technologie a connues lorsqu'elle est apparue.

 

Alors que les fabricants chinois présentent les uns après les autres des démonstrations impressionnantes de robots humanoïdes, Mel Torrie, le CEO d'ASI, reste sceptique quant à leur utilisation immédiate dans l'industrie. Dans l'interview, il explique pourquoi, à l'heure actuelle, il faut privilégier l'innovation axée sur les applications plutôt que de s'intéresser au battage médiatique entourant les démonstrations.

 

Pragmatisme vs esthétique robotique

Selon Torrie, les usages qui sont faits de ces robots à l'apparence humaine dont on entend tant parler sont en réalité assez peu convaincants une fois sur le terrain. Ces robots nécessitent en effet d'innombrables itérations pour réduire les marges d'erreur. Ce que l'on voit actuellement arriver de Chine semble très scénarisé ; il s'agit davantage de démonstrations des capacités du matériel que de véritables exemples d'utilisations concrètes dans un environnement industriel.

 

 

"Cela étant dit, toute amélioration de la perception spatiale et de la coordination précise des mouvements nous rapproche de l'intégration. Le matériel est de haut niveau et représente un énorme bond en avant par rapport à il y a cinq ans, mais avant de pouvoir être intégré dans un flux de travail, il doit d'abord surmonter les obstacles liés aux protocoles de sécurité et à l'acceptation culturelle", affirme Torrie.

 

Les véhicules et les équipements industriels autonomes génèrent une valeur économique plus rapidement que les robots humanoïdes lorsque l'on considère l'efficacité nette et les bénéfices. Torrie poursuit : "Dans le domaine de la logistique, les véhicules autonomes permettent de surmonter un obstacle très spécifique, à savoir le transport fiable des marchandises. Ces systèmes ont fait l'objet de tests exhaustifs dans divers environnements et offrent une proposition de valeur évidente. Ils s’intègrent aux PGI et aux systèmes de gestion d’entrepôts existants, sont évolutifs et offrent une solution immédiate au problème de pénurie de main-d'œuvre. La génération actuelle de robots humanoïdes manque tout simplement de l'autonomie opérationnelle nécessaire pour apporter une contribution significative aux flux de travail complexes qui caractérisent notre époque."

 

 

Dans son cas, les principaux utilisateurs sont actuellement l'agro-industrie et le secteur de la construction. Selon lui, les avantages résident dans l'orchestration des flottes, qui – toujours dans son cas – s'effectue via la plateforme Mobius. Il cite plusieurs exemples concrets.

 

Dans le secteur agro-industriel, une flotte de tracteurs et de semoirs autonomes peut fonctionner 24 h/24 et 7 j/7, quelles que soient les conditions météorologiques ou la luminosité, et être contrôlée à partir d'un hub central.

 

Dans le secteur de la construction, les véhicules autonomes peuvent, avant le lancement d'un projet, préparer les sites, construire des routes et niveler le sol dans des zones isolées, sans qu'il soit nécessaire de mettre en place une infrastructure complète pour le personnel.

 

Dans le secteur de la logistique, cette orchestration permet d'assurer une coordination précise de dizaines de camions dans des espaces restreints au sein des parcs de stationnement de flotte ('fleet yards'). Cela permet de réduire les erreurs humaines au minimum, de diminuer les coûts d'entretien grâce à une conduite optimisée, mais aussi de considérablement accroître le niveau de sécurité. Le matériel existant peut de surcroît être modernisé, ce qui évite de devoir systématiquement investir dans de nouveaux véhicules.

 

La modernisation du matériel existant permet aux clients de réaliser des économies substantielles sur leurs dépenses d'investissement (CAPEX) par rapport à l'achat de systèmes entièrement nouveaux et non éprouvés. Les avantages commerciaux des véhicules autonomes sont évidents, contrairement à ceux des robots humanoïdes.

 

Torrie poursuit : "La réalité économique est sans commune mesure. Pour un robot humanoïde à usage général – qui n'est donc pas un bras robotisé spécifique –, il n'existe actuellement aucun modèle de retour sur investissement fiable. Les coûts d'intégration sont exorbitants. Les véhicules autonomes sont plus accessibles, moins coûteux à entretenir et nécessitent moins de connaissances spécialisées sur le lieu de travail. De plus, leur taux d'acceptation par le personnel est plus élevé ; une pelleteuse autonome est considérée comme un outil, tandis qu'un robot humanoïde est souvent plutôt source d'inquiétude sur le lieu de travail."

 

Les partisans des robots humanoïdes affirment que les robots à usage général finiront par remplacer toutes les machines spécialisées. Mais le CEO pense qu'il s'agit là d'une pure illusion. À très long terme, cela pourrait effectivement devenir une possibilité, mais l'incertitude liée aux investissements rend cette perspective trop risquée à l'heure actuelle. Il s'attend à ce que la spécialisation reste dominante dans les environnements à haut volume et aux variables contrôlées, tels que ceux consacrés à la production à grande échelle et à la transformation alimentaire. Dans ces domaines, une machine spécialisée est en effet tout simplement plus efficace et plus précise.

 

Les obstacles qui entravent l'utilisation de robots humanoïdes dans l'industrie

Le CEO affirme que l'efficacité énergétique reste le point faible : "Les systèmes actuels consomment trop d'électricité par rapport à leur rendement, ce qui limite leur autonomie et leur utilisation. Dès que le problème énergétique sera résolu et que la couche d'intelligence ('intelligence layer') sera suffisamment précise pour s'adapter à un environnement de travail sans intervention humaine constante, l'adoption commerciale s'accélérera."

 

"Ces deux technologies ne sont pas concurrentes mais bien complémentaires. Les véhicules autonomes sont plus performants pour le transport de marchandises sur des itinéraires fixes. Les robots humanoïdes sont quant à eux la solution idéale pour les derniers mètres ('last few feet') : le quai de chargement, la porte d'entrée ou la circulation dans un bâtiment où il y a des escaliers. C'est dans l'interaction entre ces deux systèmes que réside la véritable innovation. Un véhicule autonome qui livre un colis ne fait que la moitié du travail ; le robot humanoïde comble le vide en matière de manipulation et d'interaction. Les écosystèmes logistiques les plus performants de demain combineront parfaitement ces deux technologies."

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