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Sans lignes de production flexibles, l'automatisation ne sert à rien

23-10-2025

Auteur: Karl D’haveloose

 

 

 

 

Pour pouvoir réduire drastiquement leurs coûts, les constructeurs automobiles occidentaux se retrouvent à devoir externaliser les connaissances que leurs industries ont accumulées. Et pendant ce temps-là, la Chine les regarde faire et attend. Soit dit en passant, à l'heure où vous lirez ces lignes, sachez que dans le cadre de ce qui suit, l'organisation Industrialfairs passera bientôt à la vitesse supérieure grâce au salon Indumation 2026, qui lui permettra de mettre en avant son slogan 'Shift into 5th', qui s'adresse tant aux visiteurs qu'aux exposants de l'événement.

 

 

Les équipementiers occidentaux perdent leurs connaissances en matière de fabrication

Les constructeurs automobiles occidentaux se retrouvent dans une situation pour le moins fâcheuse. Les constructeurs chinois de voitures électriques ont en effet trouvé le moyen de construire à grande échelle des véhicules à bas prix, qu'ils conçoivent de surcroît 30 à 40 % plus rapidement que leurs homologues occidentaux. Les constructeurs traditionnels ont donc beaucoup de mal à riposter. Face à cette concurrence de plus en plus rude, nombre d'entre eux font pression sur leurs intégrateurs et leurs fournisseurs pour qu'ils travaillent plus vite et à moindre coût, ce qui oblige leurs partenaires locaux à réduire leurs équipes d'ingénieurs internes et à externaliser les connaissances qu'ils ont acquises dans le domaine de la fabrication auprès de fournisseurs au Vietnam, en Inde et en Chine.

 

Sur le papier, cette démarche paraît logique. La main-d'œuvre est moins chère. Les entreprises d'intégration promettent des lignes de production clés en main. Et les actionnaires exigent des marges plus importantes. Mais dans la pratique, les équipementiers occidentaux tombent dans un piège stratégique : ayant perdu leur capacité à construire leurs propres usines, ils risquent maintenant que l'Occident dans son ensemble perde sa capacité à construire des usines – et avec elle, l'autonomie nécessaire pour s'adapter et être compétitif. L'expert en fabrication a un avantage dans toutes les industries où la qualité de la production et le prix sont importants, c'est-à-dire pratiquement toutes les industries.

 

L'industrie automobile a toujours été fière de son envergure et de sa complexité. Mais ces mêmes caractéristiques sont aujourd'hui en train de devenir un fardeau. La construction d'une chaîne de montage moderne, fortement robotisée, englobe tout, de la logistique des pièces à la planification du soudage, en passant par le séquencement des mouvements des robots. Lorsque ces tâches sont externalisées – de manière progressive et à l'échelle mondiale –, l'entreprise qui les externalise finit par ne plus être le fabricant. Elle devient une entreprise de conception et de marketing qui dépend de tiers pour mener à bien ses projets.

 

 

Même en temps normal, cette situation serait inquiétante. Mais nous traversons actuellement une période marquée par de profonds bouleversements géopolitiques et technologiques. L'avantage industriel de la Chine réside non seulement dans une main-d'œuvre bon marché, mais aussi dans le contrôle total de l'infrastructure de production. Pendant ce temps, l'Occident s'affaiblit en licenciant les ingénieurs qui lui permettaient autrefois d'exercer une influence sur le plan opérationnel. Conséquence : le lancement de chaque nouvelle plateforme automobile coûte plus de temps et d'argent, et ce malgré le fait que la demande évolue et que les cycles de production se raccourcissent.

 

Cette tendance n'est toutefois pas propre à l'industrie automobile, puisqu'elle se manifeste également dans le secteur aéronautique et spatial, ainsi que dans ceux des biens de consommation et de la construction de machines industrielles. Mais l'industrie automobile sera le prochain secteur à se heurter à un mur – les fabricants de panneaux solaires et de batteries ayant déjà connu le même sort –, en grande partie à cause des énormes investissements réalisés par le gouvernement chinois. D'autres secteurs suivront certainement, car les compétences en matière de fabrication se concentrent de plus en plus en Chine.

 

Certains parient sur le fait que les outils numériques viendront combler le fossé. Après tout, si les logiciels font l'essentiel du travail, la main-d'œuvre qualifiée de la Chine aura beaucoup moins de valeur. Omniverse de NVIDIA, 3DEXPERIENCE de Dassault et Xcelerator de Siemens promettent tous d'amener les usines dans le cloud, afin de les rendre programmables, virtuelles et adaptatives. Et en théorie, elles pourraient très bien le faire.

 

La chaîne de production rigide : une erreur de taille

Un point reste toutefois très problématique : la planification de mouvements. La capacité à simuler le comportement de centaines de machines / robots – de manière efficace, sûre et sans collision – reste en effet un véritable cauchemar pour les informaticiens. Et sans cette capacité, toutes les autres simulations ne sont que pure spéculation. Vous pouvez modéliser des flux de matériaux, des schémas logistiques et l'emplacement des postes de travail. Mais tant que vous n'aurez pas prouvé que chaque robot d'une ligne est en mesure d'effectuer ses tâches rapidement, pour toutes les variantes de produits, sans collisions ni blocages, l'ensemble de votre plan d'usine restera une hypothèse, incertaine de surcroît.

 

 

Le problème est que si vous vous trompez, la conséquence ne se limitera pas à un simple indicateur clé de performance manqué, mais bien à une reconstruction coûteuse – en temps comme en argent. Ce risque nécessite des essais techniques coûteux et fastidieux à chaque étape. Il ralentit le rythme de l'innovation, crée de la rigidité et ébranle la confiance dans chaque décision. Sans une planification rapide et évolutive des mouvements, le rêve d'une conception simultanée et d'une production flexible ne reste qu'un rêve, dissuadant les fabricants de changer quoi que ce soit à une ligne dès que celle-ci est jugée 'suffisamment satisfaisante'.

 

 

Simulations de lignes de production pilotées par l'IA

De récentes évolutions sont toutefois en train de changer la donne. Les nouvelles plateformes logicielles qui utilisent la planification de mouvements à l'échelle du cloud (voyez cela comme l'IA pour les robots) peuvent simuler des cellules de travail entières – voire des lignes de production entières – en à peine quelques heures. Elles peuvent soumettre des centaines de variantes à des contrôles de faisabilité, générer des estimations de temps de cycle et suggérer des séquences de mouvements optimales pour les robots. C'est l'équivalent industriel du passage de l'écriture de code en langage assembleur à l'utilisation d'un compilateur moderne.

 

Cela permet non seulement de gagner en efficacité, mais aussi en flexibilité. Un fabricant qui a accès à cette technologie est en mesure de tester un nouveau produit, de simuler sa fabricabilité et de lancer la production au bout de seulement quelques semaines (au lieu de plusieurs mois). Pas besoin de construire de nouvelles lignes ; il suffit de revalider les lignes existantes.  Les implications sont considérables : une meilleure réutilisation des lignes, des dépenses d'investissement réduites, des changements de production plus rapides et moins d'erreurs coûteuses.

 

Et c'est donc dans ce domaine que la Chine est déjà en train d'investir. Les fabricants occidentaux parlent encore d'automatisation, mais la considèrent trop souvent comme une finalité et non comme une discipline. Ils construisent des lignes fixes, les exploitent pendant une décennie et espèrent que le marché ne changera pas. Mais ce modèle est clairement voué à l'échec.

 

Si les fabricants occidentaux veulent rester des fabricants – et non de simples agences de marketing à l'image technologique –, ils doivent cesser de dilapider les connaissances qu'ils ont acquises dans le domaine de l'industrie. Pour maximiser leur rentabilité et leur compétitivité, les entreprises doivent embrasser les évolutions technologiques rapides et rechercher des partenaires et des intégrateurs capables de les mettre en œuvre. Cela signifie qu'elles doivent réinvestir dans l'ingénierie de ligne, mais surtout dans les outils qui rendent l'ingénierie de ligne rapide, précise et réutilisable.

 

Les jumeaux numériques sont nécessaires. Mais s'ils ne vont pas de pair avec une véritable planification de mouvements, ils ne resteront que des présentations PowerPoint très coûteuses.

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